Le gaspillage alimentaire en chiffres.

1,3 milliard de tonnes de denrées alimentaires atterrissent à la poubelle chaque année. Avec elles, ce ne sont pas seulement des ressources précieuses qui disparaissent, mais bien aussi de l’argent. Selon le Conseil de l’Union Européenne, les pertes alimentaires et le gaspillage coûtent chaque année 840 milliards d’euros (990 milliards d’USD) à l’économie mondiale.  Selon les dernières estimations, 88 millions de tonnes proviennent de l’UE, ce qui correspond à une perte de 143 milliards d’euros.

Alors que, dans les pays en voie de développement et pays nouvellement industrialisés, les denrées alimentaires sont essentiellement perdues en raison de l’absence d’infrastructure, le commerce alimentaire et les consommateurs sont les principaux responsables des nations industrialisées.

C’est ce qu’attestent également les chiffres allemands : plus la chaîne de création de valeur est proche des consommateurs finaux, plus il y a de gaspillage. Concrètement, cela signifie que 61 % des déchets sont produits entre le producteur et le commerce de gros tandis que le consommateur final contribue pour 39 % dans la quantité totale de déchets alimentaires.

 

Le gaspillage alimentaire dans le commerce.

Le gaspillage et les pertes alimentaires représentent également un problème dans les commerces de gros et de détail. Les études évaluent la quantité de déchets alimentaires produits par les commerces allemands à 2,575 millions de tonnes. 90 % de ces déchets pourraient être évités.
Les commerces de gros et de détail, tout particulièrement les chaînes de supermarchés, peuvent ici jouer un rôle important grâce aux mesures centrales prises en vue de minimiser les déchets alimentaires. Le commerce peut également jouer un rôle vis-à-vis des consommateurs finaux en
sensibilisant ses clients à la problématique du gaspillage alimentaire et en assumant son rôle de modèle.

 

La gaspillage alimentaire et ses causes.

Selon Gustavsson et al. (2011), les pertes de distribution sont définies comme étant les pertes liées à la commercialisation des denrées alimentaires. Ces pertes sont avant tout le fait des commerces de gros et de détail. Les différences spécifiques aux denrées végétales et animales ne sont ici
pas prises en considération.

L’EHI Retail Institut (2011a, b) fournit des chiffres différenciés pour les commerces alimentaires de détail en Allemagne.
Selon les publications de l’institut, les pertes – mesurées en fonction du volume commercialisé – s’élèvent à 2,9 %, soit un chiffre relativement élevé, pour les produits frais, et à seulement 0,5 % env. pour les marchandises sèches, un chiffre plutôt bas. Le pain et les produits de boulangerie sont les moins bons élèves parmi les produits frais (6,5 à 10,4 %), suivis de près par les fruits et légumes (5,1 %) ; les viandes et charcuteries ne sont concernés qu’à hauteur de 2,1 % et, les produits laitiers, de 1,6 % seulement.

En fin de compte, on peut supposer une perte moyenne de 1 % pour le commerce de gros. Si on tient compte également du commerce de détail, ce chiffre est alors de l’ordre de jusqu’à 7 %. Ces pertes de distribution sont presque toujours évitables car presque tous les produits sont prêts à
consommer. Les raisons de ces pertes sont moins liées aux restrictions technologies qu’à l’interaction entre marketing et attentes des consommateurs. En d’autres termes, les consommateurs attendent que les denrées alimentaires répondent à des critères exigeants en termes de fraîcheur, disponibilité, apparence et texture tandis que certaines mesures marketing augmentent encore ces attentes.

 

La situation en Chine, p. ex., est très différente. Des problèmes logistiques et l’absence d’infrastructures sont ici responsables des énormes pertes de distribution : 370 millions de tonnes de fruits et légumes pour une valeur de 75 milliards de Yuan (env. 10 milliards d’euros / 11 milliards d’USD) sont perdues chaque année pendant le stockage ou le transport car il n’est pas possible de conserver les produits périssables dans un environnement adéquat ou de les livrer dans les temps.

Réduire le gaspillage alimentaire.

La réduction des pertes alimentaires présente un triple avantage :

  • Réduction des coûts
    La rentabilité augmente tout au long de la chaîne de création de valeur, du producteur au consommateur final en passant par les commerçants, car les marchandises achetées et payées sont totalement revendues ou consommées.
  • Préservation des ressources
    La réduction du gaspillage alimentaire réduit la pression sur le climat, la consommation d’eau et les ressources nationales – avec des effets considérables : un réduction de seulement 50 % des déchets alimentaires réduirait les gaz à effet de serre de 37 % environ.
  • Lutte contre la faim
    En réduisant les pertes de distribution, une plus grande quantité de denrées alimentaires serait disponible pour le marché mondial et les marchandises produites permettraient ainsi de nourrir plus de personnes.

Les dons de denrées alimentaires sont une belle façon d’augmenter la durabilité et d’apporter une contribution importante à la société. En effet, les denrées alimentaires ne pouvant plus être vendues font partie intégrante de projets d’aide destinés aux personnes à faibles revenus, comme
Tafel e.V. en Allemagne. Par ailleurs, un don à des institutions sociales (tels que des jardins d’enfants, maisons de retraite, associations sportives) n’est pas seulement utile aux personnes qui profitent d’un bon repas grâce à celui-ci ; il est également bénéfique pour l’image de l’entreprise
qui donne. C’est pourquoi il est intéressant pour les nombreuses entreprises (telles que les chaînes de supermarchés) de réfléchir aux possibilités de redistribution de leurs denrées alimentaires.

D’un autre côté, ce n’est pas parce qu’un produit ne peut plus être consommé par l’être humain qu’il doit atterrir à la poubelle. Ceux-ci peuvent toujours servir pour nourrir les animaux, faire du compost ou produire de l’énergie dans le cadre de processus de recyclage responsables.

Différents exemples le montrent : la réduction du gaspillage alimentaire par la redistribution à des institutions sociales et un recyclage conscient fait une grande différence en matière de durabilité et permet de garantir la mise à disposition de denrées alimentaires en suffisance pour une population
mondiale sans cesse croissante. Les économies réalisées et le bénéfice en terme d’image font de la réduction ciblée des pertes de distribution une opération gagnant-gagnant.

 

De bonnes raisons de réduire le gaspillage alimentaire. Ce qu’en disent les intéressés.

Qu’est-ce qui pousse réellement les entreprises, villes ou pays à réduire le gaspillage alimentaire ? Les données collectées montrent clairement qu’il existe des raisons économiques sérieuses de réduire les pertes et gaspillages alimentaires.
Dans le cadre d’une étude, Hanson & Mitchell ont interrogés près de 1200 ateliers de production dans 17 pays, ainsi que plus de 700 entreprises représentant les secteurs les plus variés. En faisaient partie des fabricants de denrées alimentaires, le commerce de détail alimentaire (tels que les magasins d’alimentation), établissements hôteliers (tels que des hôtels et lieux de loisirs) et services de restauration (tels que des cantines et restaurants).
Les résultats parlent d’eux-mêmes : après avoir investi en vue de réduire le gaspillage alimentaire, 99 % des ateliers de production ont enregistré un retour sur investissement positif. Pour les hôtels, établissements de restauration et magasins d’alimentation, ce retour pouvait même atteindre
un rapport de 5:1 et 10:1. Cela signifie que, pour chaque euro investi pour la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires, le retour peut aller jusqu’à 10 €. 8 Ces chiffres montrent que la réduction du gaspillage alimentaire peut également être considérée comme un investissement rentable.

Les raisons économiques ne sont cependant pas les seules qui devraient motiver à limiter le gaspillage alimentaire. Différents entretiens menés avec des personnalités du monde économique et politique montrent qu’il existe bien des motivations autres que financières. Parmi celle-ci, on compte :

• la responsabilité en terme de garantie de l’approvisionnement en denrées alimentaires,
• la régulation des déchets,
• l’augmentation de la durabilité,
• le renforcement des relations avec d’autres parties prenantes,
• la conscience de la responsabilité éthique,
• le bénéfice en matière d’image et la publicité.

Bien que la valeur financière de ces aspects soient difficilement quantifiable, ces entretiens montrent qu’il s’agit bien de raisons décisives et d’incitants pour les pays et entreprises en vue de prendre des mesures de réduction du gaspillage alimentaire.